Vélo

Pony bikes, le futur du VLS à Angers?

Préambule:

Je n’ai aucun lien avec la société Pony Bikes. Etant en vacances en Anjou, j’ai pris connaissance du lancement du service Pony Bikes à Angers. J’ai contacté la start-up par Twitter afin de connaître la disponibilité du service pour un test. La société m’a très gentiment invité pour une démonstration à l’ESEO (Ecole Supérieure Electronique de l’Ouest) dans le cadre de la Connected Week qui se déroulait à Angers du 21 au 28 octobre 2017. Je n’ai pas demandé d’essai gratuit à Pony Bikes afin d’avoir l’expérience la plus proche possible de l’utilisateur lambda (et d’être totalement indépendant dans ce que je vais écrire).

Cet article n’a fait l’objet d’aucune rétribution, ni relecture de la part de Pony Bikes. J’y ai écrit ce que je voulais.


Pour cette fin octobre, j’ai mis le cap sur l’Anjou pour quelques jours de vacances en famille. J’y vais maintenant plusieurs fois par an et j’y apprécie tout particulièrement son air plus pur que l’air annécien (on en reparlera), le calme et la majesté des bords sauvages de la Loire, ses voies cyclables cyclables sécurisées à perte de vue (on en reparlera aussi).

Mais ce n’est pas de la douceur angevine chère à Joachim du Bellay dont je vais vous parler aujourd’hui (en réalité, pendant mon séjour, il a fait plus froid et humide qu’à Annecy) mais bien de vélo urbain.

Jusqu’à présent, vacances obligent, mon attention de cycliste était plutôt focalisée sur les voies vertes qui sillonnent le Maine et Loire. Angers ne m’avait pas frappé par son caractère particulièrement cyclable. Et pourtant, ma curiosité a été éveillée en juin dernier par la sortie d’un palmarès des villes cyclables réalisé par le site Se Loger.com. Si la méthode de classement reste assez floue et peut se discuter (a priori, elle est basée sur un seul critère, “le pourcentage de voirie réservée aux vélos”), le site classe Angers 3ème, devant Grenoble. Il mettait également en lumière une particularité angevine, le service de prêt à longue durée gratuit (!) Vélocité.

Je ne m’étendrai pas plus sur la cyclabilité d’Angers. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez vous rapprocher de l’association Place au Vélo Angers.

Le retour du vélo en libre service dans la ville du roi René

Après la fin de Vélocité + (service de vélo en libre service avec une borne unique à la gare d’Angers, arrêté en 2014 faute d’engouement),  les VLS reviennent sur le devant de la scène avec l’arrivée de Pony Bikes.

Cette start-up créé par des Français à Londres a choisi Angers pour lancer son service en France après un premier coup d’essai à Oxford (Angleterre) où le service lancé début septembre compte déjà 200 vélos (introduits graduellement en fonction de la demande), 3000 utilisateurs inscrits et 600 actifs.

Après les avoir contactés par Twitter, les responsables de Pony Bikes m’ont très gentiment invité à venir les rencontrer sur leur stand à l’ESEO (Ecole Supérieure Electronique de l’Ouest) dans le cadre de la Connected Week qui se déroule à Angers du 21 au 28 octobre 2017. J’y ai été reçu par Guillaume, operations manager qui m’a présenté un modèle du vélo et m’a expliqué le fonctionnement du service.

 

Les Pony Bikes à l’essai au départ de l’ESEO

Sans bornes et sans limites?

Oubliez les stations fixes (et les travaux d’aménagement de la voirie qu’elles nécessitent), Pony Bikes est un système de VLS flottants: les vélos sont géolocalisables sur une application smartphone. L’utilisateur récupère le vélo le plus proche de lui et le dépose où il le souhaite.

Le vélo est verrouillé grâce à un cadenas Bluetooth. Il suffit de scanner un QR code, le cadenas libère la roue arrière et en route! À la fin du trajet, il suffit de garer le vélo dans l’espace public et de re-verrouiller le cadenas.

Les 30 minutes de course sont facturées 80 centimes à l’utilisateur (des formules d’abonnement sont à l’étude).

 

D’après Pony Bikes, ce système est complémentaire de Vélocité. Il s’adresse pour l’instant à des utilisateurs qui ont des besoins ponctuels, notamment dans le cadre d’un trajet intermodal (depuis ou vers un arrêt de bus, la gare, etc…).

À l’heure actuelle, la zone de déplacement n’est pas limitée. L’entreprise souhaite d’abord observer les déplacements de ses utilisateurs avant de poser des contraintes géographiques. L’expérience anglaise ces deux derniers mois n’a pas révélé d’excès de la part des clients.

Des difficultés en Chine et en Europe que Pony Bikes essaie de contourner

Ayant fait mes devoirs avant de venir (Coucou Weelz.fr!), je me suis permis de poser quelques questions qui piquent à Guillaume, notamment celle de la concurrence venue de Chine. En effet, le secteur des VLS flottants est très concurrentiel et dominé par des entreprises asiatiques qui arrivent très rapidement en Europe (sans forcément prendre le soin d’organiser leur implantation avec les mairies concernées comme Amsterdam qui les a temporairement bannies). En plus de l’envahissement du domaine public par des acteurs privés, des problèmes de vandalisme, de vol sont apparus en Chine notamment.

De ce côté, Pony Bikes semble avoir pris quelques précautions. Les vélos, géolocalisables, sont fabriqués sur mesure pour l’entreprise. Les pièces ne sont a priori pas réutilisables pour d’autres vélos. De plus, un dépôt de garantie sera mis en place afin d’encourager l’utilisateur à faire preuve de soin avec les “montures” vertes. L’idée est d’éduquer l’utilisateur qui par exemple ne pourra pas garer son vélo derrière sa clôture pour la nuit (une alerte est déclenchée auprès des services de Pony Bikes lorsque le vélo reste immobile trop longtemps).

Par ailleurs, la start-up met en avant son approche “qualitative” et n’entend pas laisser son système vivre sans régulation. Elle prévoit des “hotspots” (points chauds) à proximité des lieux passants (gare, centres commerciaux, stations de transport en commun) qui seront réalimentés régulièrement par son équipe locale. La disponibilité géographique et quantitative des vélos sera équilibrée notamment grâce à l’algorithme qu’elle a développé.

Actuellement, 20 vélos sont mis à disposition pour un essai pendant la Connected Week. Pony Bikes prévoit d’implanter progressivement 200 vélos supplémentaires sur la ville d’Angers d’ici fin novembre. L’objectif étant de proposer ses services à d’autres villes moyennes françaises dans l’avenir.

Un poney qui ne fera pas le Tour de France mais qui peut rendre service

Voilà pour la théorie, maintenant passons au test! Après avoir remercié Guillaume, je suis sorti du bâtiment de l’ESEO, bien décidé à tester par moi-même ce fameux “poney”.

Le téléchargement de l’application prend quelques secondes (en 4G), l’inscription se fait en trois clics (il suffit de placer sa carte bleue devant le smartphone qui identifie son numéro et d’ajouter soi-même la date d’expiration et les 3 chiffres du code de sécurité). Il ne reste plus qu’à cliquer sur le bouton déverrouiller, placer le smartphone devant le QR code et l’application fait le reste.

Démonstration du déverrouillage (juste après le scan du QR code)

J’ai enfourché le vélo pour une petite balade dans le quartier. Ma première impression a été un peu mitigée: première surprise au moment de tourner la molette pour passer une vitesse, c’est la sonnette intégrée au guidon qui a retenti. Le Pony Bike est un vélo single speed (vitesse unique). Comme je suis joueur, je suis allé trouver une petite côte qui m’a forcé à me mettre en danseuse pour aller au bout sans descendre du vélo. On évitera donc les reliefs trop abrupts, ce qui peut être gênant dans les villes vallonnées.

Les roues ont un diamètre plus petit que sur un Vélib ou un Vélo’v mais semblable au Malmö by Bike de Clear Channel (testé en Suède) et sont dotés de pneus sans chambre à air (voir photo). Ils sont increvables mais un peu moins confortables.

Le pneu sans chambre à air

 

Autre point faible, le vélo n’a pas de panier.

Côté points forts, le vélo est doté d’un support pour smartphone (ce qui permet de garder un oeil sur le temps de location en cours par exemple). Par ailleurs, le pédalier et la chaîne sont complètement isolés par une coque en plastique. Les deux roues sont dotées de garde-boues. De quoi rassurer, les utilisateurs occasionnels de vélo qui auraient peur de se salir.

Les freins fonctionnent bien, on ne se sent pas en danger. D’un autre côté, le vélo ne permet pas des pointes de vitesse folles.

Côté facilité d’usage, la promesse est tenue. J’ai souscrit au service et déverrouillé le vélo très rapidement (le clic et la libération du cadenas laisse une impression assez satisfaisante). À la fin de mon trajet, je l’ai laissé où je le souhaitais (pas trop loin de l’ESEO, je ne suis pas non plus complètement vache).

Vous l’aurez compris, le confort n’est pas l’argument premier du Pony Bike qui est taillé pour des trajets de courte distance ou pour compléter un trajet multimodal et de côté, il me semble bien remplir son contrat.

Ce n’est évidemment pas la meilleure solution pour un trajet régulier complet mais Pony Bikes n’en a pas la prétention (la mission étant déjà bien remplie par Vélocité semble-t-il).  

Un système flexible aux nobles intentions

L’avantage principal que je vois au système c’est sa flexibilité qui peut à la fois permettre à des habitués de raccourcir leurs temps de trajet tout en permettant aux curieux d’essayer le vélo en ville et qui sait peut-être de réfléchir à une transition de l’auto vers le vélo.

De plus, j’ai été plutôt touché par les intentions de Pony Bikes. On sent une volonté de communiquer avec les collectivités locales. Je ne peux qu’encourager la start-up dans cette voie car elle aura probablement besoin d’alliés institutionnels quand il lui faudra éduquer ses utilisateurs au bon stationnement des vélos et gérer les incivilités. Sans quoi, son image et avec elle celle de l’ensemble de la communauté cyclo-urbaine pourrait en pâtir, le contexte actuel étant favorable au cycliste-bashing. C’est pour cela qu’elle devra également veiller à ménager les associations d’usagers de la bicyclette qui font pour l’instant preuve d’une prudence très compréhensible à l’égard des services de VLS flottants (en témoigne les craintes de Charles Maguin, président de Paris en Selle).

 

Si Pony Bikes est une réussite, alors ce sera une petite pierre dans le projet immense de convertir les Français à la culture du vélo comme moyen de déplacement à part entière et rien que pour cela, l’initiative est bonne à tester.

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