Vélo

Port du casque obligatoire, pour protéger qui ?

La semaine dernière, un dîner entre amis, comme on en connaît tous. Entre le fromage et le dessert, un verre de vin à la main, l’un d’entre nous (moi probablement) lance le sujet du vélo en ville.

J’aime très fort mes amis. Ils comptent parmi les personnes les plus ouvertes d’esprit que je connaisse. Certains sont cyclistes du quotidien, d’autres occasionnels, d’autres sympathisants. Et malgré cela, j’ai réalisé au fil de la conversation que les idées reçues sur l’inconscience et la responsabilité des cyclistes dans les accidents dont ils sont victimes ont encore de beaux jours devant elles. Cette situation, vous l’avez peut-être vécue. Peut-être avez-vous en tête des idées reçues en tant que cyclistes ou en tant qu’automobiliste. Moi-même, j’en ai eu et j’en ai certainement encore.

Cet article est donc le premier d’une série que je souhaite consacrer aux rapports entre usagers de véhicules motorisés et cyclistes et à ces idées reçues tenaces qu’il est temps de démonter. Personne n’est parfait, si par malheur, moi aussi, je commettais une erreur, n’hésitez pas à me le dire dans les commentaires.

 

Généraliser l’obligation de porter un casque à tous les cyclistes, une mesure de “bon sens” ?

Nous, cyclistes, sans carapaces à dix mille balles pour nous protéger, nous voilà bien vulnérables. Heureusement, de gentils automobilistes pensent à nous. Le premier d’entre eux, Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes a plaidé pour une généralisation de l’obligation du port du casque pour les cyclistes et pas seulement pour les enfants de moins de 12 ans.

Il y avance des arguments solides tels que « le bon sens voudrait que cette réglementation s’applique à tous, ou ne s’applique pas » ou encore « aurait-on imaginé une ceinture obligatoire dans les voitures uniquement pour les enfants de moins de 12 ans ? Il y a fort à parier que cette mesure aurait fait sourire. »

Presque convaincu par un argumentaire aussi béton qu’un immeuble Le Corbusier, je suis allé chercher des sources contradictoires.

Je me suis donc replongé dans le passionnant « Le Retour de la Bicyclette » de Frédéric Héran, maître de conférences en économie à l’université de Lille 1, spécialiste des questions de transports urbains.

Citant une étude française de 2012 publiée dans le journal Injury Prevention, il explique que le casque « réduirait les blessures à la tête de 30 % et les blessures sérieuses de 70 % ».

Alors, on le rend obligatoire?

Si on regarde ces chiffres, on serait tenté de soutenir le port du casque obligatoire pour les adultes. Mais c’est bien connu, des chiffres seuls, on leur fait dire ce qu’on veut. (Je vous renvoie à cet article des Décodeurs du Monde sur les derniers chiffres de la mortalité à vélo)

En réalité, comme souvent lorsqu’il est question de vélo, on ne distingue pas les différents pratiques (VTT, cyclisme sportif, urbain).

Toujours dans le même ouvrage, Frédéric Héran apporte un éclairage important sur la pertinence ou non de rendre le casque obligatoire.

Selon lui, « en milieu urbain, les traumatismes crâniens sont à peu près aussi fréquents pour les cyclistes que pour les piétons et les automobilistes ».

En poussant le raisonnement, si on imposait le casque aux cyclistes urbain·e·s, on devrait aussi l’imposer aux automobilistes sous prétexte qu’il est obligatoire pour les pilotes de rallye et de Formule 1.

Cette simple idée apparaît complètement absurde, et pourtant elle poursuit le même raisonnement.

Le casque ne donne pas des yeux derrière la tête

F. Héran souligne également les effets pervers de l’obligation du port du casque dans les pays où elle existe.

Selon une étude australienne, le nombre de traumatismes crâniens n’a pas baissé. En revanche, la pratique du vélo a bel et bien pris un coup.

De plus, à moins de se procurer un modèle haut de gamme, soigneusement choisi, accompagné du cache-col adéquat pour lutter contre le froid, un casque, c’est désagréable à porter, c’est encombrant quand on descend de son vélo.

Par ailleurs, il met en avant un autre problème qui n’a pas été confirmé par des recherches scientifiques mais que certain·e·s cyclistes dont je fais partie connaissent bien, « la compensation du risque ».

Le casque procure une illusion de protection. Inconsciemment, la ou le cycliste peut être tenté·e de prendre plus de risques. Et l’automobiliste sera moins précautionneux, rassuré de voir le casque sur la tête de son vulnérable voisin à deux roues.

En 3 mois de vélo-taf, mes plus grosses frayeurs ont eu lieu avec le casque sur la tête.

Le casque ne protège QUE des chocs à la tête

Aujourd’hui, je mets toujours mon casque (parce que oui, j’ai peur de taper la tête directement contre le bitume) mais ce n’est pas suffisant.

J’ai aussi développé petit à petit une sorte de sixième sens, un comportement s’approchant de celui de « la chauve-souris » comme le dit joliment Didier Tronchet dans son Petit Traité de Vélosophie. J’ai repéré les points chauds, présentant le plus de risques sur mon trajet (assez mal adapté pour les cyclistes), je modère mon allure là où c’est nécessaire. J’ai les yeux et les oreilles partout. Je me rends visible.

Et dans le rond-point que j’emprunte quotidiennement, je ne peux m’empêcher de penser au cycliste tué l’an dernier par un camion « qui ne l’avait pas vu ». Le conducteur était négatif aux tests d’alcoolémie. Le cycliste avait peut-être été imprudent comme l’ont laissé entendre les forces de l’ordre. Je n’ai jamais su le fin mot de l’histoire, la presse n’en a pas reparlé. Mais qu’importe, le résultat est le même.

En ville, une imprudence, un angle mort oublié, une priorité grillée ne coûtent que très rarement la vie des automobilistes. Il lui vaudra de la tôle froissée, un bon malus pour son assurance, éventuellement quelques noms d’oiseaux, une grosse frousse.

En revanche, quand un cycliste est impliqué, casqué ou pas, imprudent ou pas, ça ne pardonne pas. Le déséquilibre demeure là.

Dans un prochain article, je vous parlerai d’Amsterdam, ville considéré comme le far-west tant les cyclistes y enfreigne les règles du code de la route. Et pourtant, c’est une des villes où l’on meure le moins à vélo.

Un écran de fumée pour ne pas parler des vraies solutions

Conclusion, le port du casque obligatoire brandi en étendard par les pro-automobiles est une fausse bonne idée. Le casque ne protège que la tête du cycliste du quotidien et la bonne conscience des 40 millions d’automobilistes. C’est un pansement sur une jambe de bois.

Politiquement, cette idée me paraît même néfaste. C’est du pain béni pour médias pro-automobiles, rejetant la faute sur les cyclistes. On fait peur à Madame et Monsieur Tout-Le-Monde assis devant leur télévision ou leur ordinateur et on les conforte dans l’idée que « le vélo en ville c’est dangereux », que « les cyclistes sont des dangers publics ».

Pendant ce temps, on ne parle pas des vraies solutions qui doivent être mises en œuvre. Il faut protéger les cyclistes des accidents, au lieu de vouloir légiférer sur les conséquences crâniennes de ceux-ci.

Le cycliste doit pouvoir en toute connaissance de cause choisir ou non de porter un casque. Il doit savoir que celui-ci préserve sa tête. Mais ce n’est ni une carrosserie, ni un airbag, ni une ceinture de sécurité. Il ne protège pas des imprudences, bien au contraire.

 

Alors je te vois venir petit troll, tu vas me dire « tu critiques, tu critiques, tu parles de vraies solutions et tu ne proposes rien en échange ! »

Eh bien détrompe-toi, des solutions alternatives, j’en ai et je vais te les proposer.

Si tu veux en savoir plus, rendez-vous dans cet article où on va parler des équipements de sécurité qu’on peut utiliser, des bonnes pratiques en matière d’aménagements cyclables et des solutions politiques.

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager sur les réseaux, ça aide le blog à se faire connaître et moi, ça m’encourage !

Sources :

ÉconomieMatin.” Le Casque à Vélo Devient Obligatoire Mais Pas Pour Tous !, www.economiematin.fr/news-le-casque-a-velo-devient-obligatoire-mais-pas-pour-tous-.

Héran Frédéric. Le Retour De La Bicyclette : Une Histoire Des déplacements Urbains En Euope, De 1817 à 2050. La Découverte, 2015.

Tronchet, Didier. Petit Traite De Velosophie : Reinventer La Ville a Velo. Editions Plon, 2000.

VolvoCarsUK. “Volvo Cars &amp ; Bridge of Weir Leather.” YouTube, YouTube, 28 Dec. 2016, www.youtube.com/watch ? v=yZm3chxNB7o.

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