Vélo Voyage

Les îles Åland à vélo – Jour 2 : de Mariehamn à Bomarsund, la réalité de la route

Si tu n’as pas lu le premier article sur notre voyage dans les îles Åland, il est à retrouver ici !

Välkommen till Mariehamn, ici vous serez accueillis comme vous êtes

Le téléphone sonne. J’ouvre un œil.
– Hello?
– God Morgon ! We have arrived at Mariehamn ferry terminal. We hope you had a pleasant trip. Please make sure that you leave the ship before 8.30 am. Hej då ».
7h15, le réveil pique un peu, d’autant plus que nous avons avancé d’une heure dans la nuit. Åland vit à l’heure finlandaise. Nous émergeons doucement, enfilons nos tenues de cyclistes, revérifions nos sacs à dos. Nous laissons derrière nous la cabine à la douce chaleur, sortons par la passerelle voiture, un peu éblouis par le soleil.

Nos yeux s’écarquillent. Nous sommes accueillis par le drapeau rouge, jaune et bleu de l’archipel, mais aussi des drapeaux arc-en-ciel. C’est Åland Pride cette semaine. Plus généralement, les îles sont très LGBT-friendly. Dans la gare maritime, nous découvrons aussi des brochures vantant les mérites de la vie sur l’île. Le gouvernement ne s’en cache pas, Åland est favorable à l’immigration. Cela nous donne une véritable bouffée d’air frais. Venant d’un pays où l’extrême-droite se hisse au 2e tour de l’élection présidentielle, cette île coincée entre la Suède et la Finlande où l’extrême-droite est de plus en plus présente apparaît comme un havre de paix.

Le loueur de vélos n’ouvre qu’à 9 heures. Nous avons le temps de prendre un thé et des galettes suédoises sur un banc au soleil devant la gare maritime. L’air est très doux, tout est très calme.

Face à nous, quelques villas, des petits immeubles. Mariehamn est une très petite capitale. Nous préparons le programme de notre journée. Nos portables ne captent aucun réseau, pas même les appels d’urgence, malgré les options internationales toutes activées. Ça fonctionnait très bien la veille à Stockholm mais nos portables n’accrochent pas le réseau finlandais. Tant pis, on fera sans. Pas merci Free mobile.

Plan de l’archipel

« Qui veut voyager loin choisit mieux sa monture »

Nous voyons enfin apparaître un jeune homme qui ouvre la porte de garage de Ro-No, la boutique où nous avons réservé nos montures. Nous récupérons deux vélos hollandais trois vitesses et une carriole dans laquelle nous délester (hahaha) de nos 30 kilos de sac à dos. Le reste ira sur les porte-bagages et dans les paniers. Ouf, tout rentre, tout est chargé. Je suis soulagé. Nous pouvons nous mettre en route pleins d’entrain. Première côte à 5 %. Alice file devant. Je me mets déjà en danseuse. C’est la première fois que je tracte une remorque. Tout compris, on frôle les 40 kilos. Je commence à comprendre petit à petit que nos vélos ne sont pas des plus adaptés pour ce type d’expédition. Mais qu’importe, nous sommes tellement heureux d’y être enfin.

Åland, 10.000 ans d’Histoire(s) au cœur de la Baltique et de l’Europe.

Après une courte pause à l’office du tourisme pour trouver un plan de l’île et un peu de documentation, nous nous rendons au musée historique d’Åland. Nous avons pu y voir une exposition temporaire très intéressante sur le thème de l’identité. La Finlande a célébré le centenaire de son indépendance en 2017. L’occasion pour Åland de s’interroger sur ce qui constitue son identité : suédophonie, autonomie, terre de voyage et d’immigration, appartenance à la Finlande, à l’Union Européenne…
L’exposition permanente permet de découvrir l’histoire des îles du Néolithique à nos jours. On comprend alors un peu mieux comment cette multi-identité s’est forgée. La muséographie y est très agréable. Petit point bonus à la partie consacrée au XXe siècle créé à partir d’objets donnés par les Ålandai·e·s. On peut aussi y découvrir une reconstitution grandeur nature de la première pharmacie de l’île, qui fut également la première à être équipée d’une ligne téléphonique.
Et comme bien souvent en Scandinavie, des activités sont proposées pour les enfants.

Après la partie historique, nous visitons la partie artistique qui met en valeur des artistes locaux du XIXème siècle à nos jours. Nous n’y restons pas longtemps car l’envie de reprendre les vélos nous démange. 46 km nous attendent jusqu’à Sandösund. Nous avons la journée pour les engloutir mais nous voulons prendre notre temps.
Nous nous engageons sur la piste cyclable vers le nord de Mariehamn. Le magazine Géo n’avait pas menti, comme en Suède, le vélo fait partie de la culture locale. La ville est complètement cyclable, les itinéraires sont très bien indiqués, les pistes cyclables sont souvent séparées de la chaussée et lorsqu’on roule sur des voies partagées avec les autos, les conducteurs laissent toujours une grande distance lors des dépassements. Bref, nous ne nous sentons jamais en danger sur nos vélos.

Nous faisons une halte au seul centre commercial de l’archipel pour acheter des provisions, des accumulateurs de froid pour notre sac isotherme. Pendant qu’Alice est au supermarché, j’en profite pour optimiser le chargement de la remorque. Le soleil brille, j’installe le panneau solaire nomade à l’arrière afin de recharger nos batteries de téléphone portable. Nous n’avons toujours pas de réseau mais le GPS, assez énergivore, fonctionne en hors-connexion. Cela nous sera bien utile.
Comme nous avions sous-estimé la douceur des températures, nous enfilons des tenues plus légères.

Fasta Åland, douce campagne

Cela fait, nous reprenons la route direction Jomala. Nous devrons renoncer à la visite de la jolie église Saint-Olaf. Apparemment, la saison touristique s’est achevée la semaine précédant notre arrivée. Nous nous contenterons de sa façade extérieure, faite d’un mélange de rapakivi, un granit rouge local, de calcaire. Malgré sa situation dans les terres, les marins utilisaient son clocher comme point de repère. Le cimetière qui entoure l’église est tout en pelouse, l’atmosphère est très calme, très apaisante.

L’église de Jomala

Après avoir pique-niqué, nous nous remettons en selle direction Godby. Le dénivelé est doux, nous découvrons la campagne de Fasta Åland, alternance de champs, de bosquets et de petits hameaux aux maisons typiques. On voit de temps à un autre un mat de la Saint-Jean. En Suède et dans les régions suédophones de Finlande, pour Midsommar (autour du 24 juin), dans chaque village, les habitants se réunissent pour décorer un mat, le midsommarstång avec des fleurs et de rubans. C’est aussi une occasion de danser et d’entonner des chants traditionnels dont le très surprenant Små grodorna (littéralement Les petites grenouilles) dont la chorégraphie consiste à faire une immense ronde puis à tourner en mimant les oreilles et la queue que les grenouilles n’ont pas et en sautillant tout en imitant des croassements.

Mât de la Saint-Jean

À Godby, nous nous arrêtons dans un nouveau supermarché afin d’essayer de trouver de la charcuterie végétale suédoise (tellement pratique pour des pique-niques rapide) mais a priori, la clientèle semble nettement moins végétarienne de ce côté de la Baltique qu’en Suède. Tant pis, on se contentera du délicieux sk*nka de la marque Astrid och Aporna acheté à Stockholm avant d’embarquer. On se débrouillera, on a l’habitude.

Des boîtes aux lettres au couleur du drapeau d’Åland

La partie principale de Fasta Åland ne se laisse pas quitter sans protester : comme un avertissement à ce qui nous attend ensuite, elle nous offre une belle petite côte, dénommée Berget (littéralement la montagne). Culminant à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, celle-ci sera la première nous franchirons en poussant les vélos. Le point de vue offert à l’arrivée est cependant époustouflant. Nous pouvons admirer le détroit de Färjsundet. Nous nous arrêtons sur le pont qui le franchit pour admirer les îlots recouverts d’épicéas et leurs petites maisons avec pontons.

Sund, forteresses imprenables

Nous repartons et déjà la deuxième côte se dresse devant nous. Le vent de face se lève, les mollets commencent à tirer. Comme une délivrance, la route cyclable plonge vers un autre fjord. L’air nous rafraîchit et au détour d’un virage se dresse le château-fort de Kastelholm, nous le visiterons au retour, nous ne nous arrêtons pas, il faut garder notre élan pour passer la côte suivante. Je commence à avoir faim. Nous avions convenu de goûter à Bomarsund, à 9km de là. Google Maps nous indique 38 minutes de vélo pour y arriver, je peux bien tenir. La route continue à monter. Mon ventre gargouille. Je commence à sentir la tête qui me tourne, j’ai l’impression que la remorque me traîne en arrière. Mes jambes ne répondent plus. C’est la fringale, le coup de bambou. Je ne peux plus. Alice est à une trentaine de mètres devant moi. J’essaie de l’appeler mais le vent est trop fort. Je descends du vélo et commence à le pousser. Les paroles d’un ami prof d’EPS résonne à mes oreilles : « boire avant d’avoir soif, manger avant d’avoir faim, s’arrêter avant d’être épuisé ». J’aurais dû écouter. Alice ralentit, regarde derrière elle et me voit en pleine déroute. Je la rejoins tant bien que mal au beau milieu de cette satanée côte qui n’en finit pas. Voyant l’urgence, elle me tend tout de suite le chocolat et les biscuits. Petit à petit, l’énergie de repartir revient mais avant cela, nous devons prendre une décision. Nous avons déjà parcouru 30km depuis le port de Mariehamn. Le camping de Sandösund est à 18km, nos forces s’amenuisent et nos vélos ne sont très clairement pas faits pour parcourir une cinquantaine de kilomètres dans la journée en tractant une remorque de 40 kilos. Google Maps sous-estiment largement le temps de trajet compte tenu du vent, des pauses et du matériel que nous portons.

Fort heureusement, lors de notre préparation, nous avions repéré un autre camping près de la forteresse de Bomarsund, à 6km de là. Nous décidons de nous rabattre sur cette solution. Je me sens beaucoup mieux à cette idée et après 20 minutes de route au milieu de la forêt entrecoupée de quelques maisons et d’une bibliothèque, nous plongeons vers un nouveau détroit. Les ruines de Bomarsund s’élèvent de chaque côté de la route et nous atteignons notre nouvel objectif : Puttes Camping ! (prononcez-le comme vous voulez)

Douce nuit, fraîche nuit

Nous sommes accueillis par un très gentil monsieur. Nous payons 10 euros pour deux. Il nous dit de nous installer où nous le souhaitons. Nous traversons le camping. Nous passons près de quelques camping-cars mais c’est tout, l’endroit est très calme. On sent que la saison se termine. Nous choisissons de monter notre tente à quelques mètres des sanitaires et de la cuisine commune sans être trop proches, pour ne pas être dérangés. Le camping est doté de petits « cabanons », simplement équipés de l’électricité, de lits et d’une table. Pas de mobile-homes. Nous sommes au beau milieu de la nature ålandaise, tout est calme. L’endroit est parfait pour se reposer après notre longue journée.
Nous continuons notre découverte des lieux. Les bâtiments ont un peu vécu. Ici la simplicité est le maître-mot. Les douches (payantes) ne sont pas totalement vétustes mais on n’y passera pas notre vie. Le bâtiment commun est équipé du Wi-Fi. Nous en profitons pour donner des nouvelles à nos familles via WhatsApp et les prévenir que nous n’avons aucun réseau sur nos téléphones. Une cuisine est mise à disposition gratuitement des client·e·s du camping, comme dans une auberge de jeunesse.

Trop fatigué, je renonce à mon projet de baignade dans la Baltique. Nous nous cuisinons un rapide repas, prenons nos douches avant de nous mettre au lit avec le sentiment du devoir accompli. Nous avons atteint un premier objectif, dans la difficulté certes, mais nous avons déjà pu prendre la mesure de la beauté de l’archipel. Il nous tarde d’en découvrir plus.
La nuit sera compliquée. Les températures nocturnes descendent plus bas que prévues (9°C à Mariehamn, probablement moins où nous nous trouvons). Notre tente nous protège de l’humidité mais pas du froid et nos sacs de couchage 10-15°c se révèlent insuffisants. Nous nous réveillons frigorifiés plusieurs fois dans la nuit.
Nous accueillons les premiers rayons du soleil avec soulagement et prolongeons notre nuit. Demain, la forteresse de Bomarsund et la route postale vers l’Est nous attendent.


L’itinéraire

Mariehamn – Bomarsund : 36 km

 


En pratique

Que visiter entre Mariehamn et Godby

L’extérieur de l’église de Jomala est à voir mais si vous tenez à voir l’intérieur, vérifiez auprès de l’office de tourisme à Mariehamn si elle est ouverte. – Eglise Saint-Olaf

Où faire ses courses sur la route de Bomarsund

Un centre commercial assez fourni se trouve à la sortie de Mariehamn vers le nord. Il y a un supermarché et d’autres boutiques dont un H&M pour les éventuels oublis vestimentaires. – Maxinge

On trouve 2 supermarchés à Godby au croisement de la route de Mariehamn et de la route postale. Ce sont les derniers magasins jusqu’à Bomarsund à 16km de là, pensez à prendre vos précautions. – Mattsons et S-market.

Où dormir à Bomarsund

Puttes Camping est situé au coeur du site historique de la forteresse de Bomarsund. C’est un lieu très calme. Il est équipé d’une cuisine ouverte aux voyageurs, d’une salle à manger avec wifi, de douches et un sauna. Il y a également des petits bungalows à louer. Il est ouvert aux camping-cars et aux bateaux. Un café-restaurant est ouvert à l’entrée du camping, le long de la route postale.

En 2017, il a ouvert du 15 mai au 12 septembre. Tarif: 4€ par personne + 2€ pour une tente – Puttes camping

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