Vélo Voyage

Les îles Åland à vélo – Jour 3 : l’Île aux Morts

Malgré une première journée éprouvante et la petite nuit qui l’a suivie, nous nous réveillons dans l’enthousiasme devant la journée qui nous attend. Nous prenons le temps de déguster notre petit-déjeuner constitué de confiture finlandaise tartinée sur du knäckebröd, le célèbre pain croquant suédois (rendu célèbre en France par la marque Wasa), un délicieux mélange des deux pays, un peu comme Åland.
Une fois rassasiés, nous partons en randonnée, sans nos vélos. En effet, le camping est en fait situé au beau milieu des ruines de la forteresse de Bomarsund.

Les ruines du fort principal de Bomarsund

Bomarsund : la guerre de Crimée jusqu’au beau milieu de la Baltique

Au début du XIXème siècle, l’Europe est plongée dans les guerres napoléoniennes. Åland ne sera pas épargnée. L’archipel se retrouve au cœur des tractations entre la Russie et la Suède. Alors que Napoléon cherchait à asphyxier économiquement la Grande-Bretagne par la politique du blocus continental, le Tsar de Russie suggère en 1807 à la Suède de s’y associer. Mais le roi Gustave IV Adolphe de Suède qui haïssait les idées de la Révolution Française se méfie grandement de Napoléon. Au contraire, il considère George III d’Angleterre comme un allié face à Bonaparte. Le roi de Suède décline donc l’offre de la Russie qui se saisit du prétexte pour lui déclarer la guerre en 1808. Au terme d’un conflit long de 18 mois, les belligérants signent le traité de Frederikshamn dans lequel la Suède reconnaît l’annexion de la Finlande et des îles Åland par la Russie.
Åland devient alors un poste occidental avancé pour le Tsar de Russie qui décide de militariser les îles. La construction d’une immense forteresse s’étendant sur 3km de long par 2km de large est entreprise au lieu-dit Bomarsund en 1832. Pas moins de douze tours armées de 350 canons étaient prévues pour défendre la forteresse d’éventuelles invasions maritimes et terrestres. Seules 3 d’entre elles seront finalement bâties ainsi que le fort principal dont la surface au sol mesurait tout de même 18.000 m² faisant de lui le plus grand bâtiment jamais construit dans l’archipel. Les Russes n’auront pas le temps et les moyens de leurs ambitions. Une ville de garnison, Skarpans, se développe en périphérie de la forteresse. Elle se développe petit à petit. Un bureau de poste y ouvrira 1842, suivi d’une école en 1845 puis d’une pharmacie et d’autres commerces.

En 1853, la Guerre de Crimée éclate, opposant la Russie à une coalition franco-anglo-ottomane. Pour faire diversion, Britanniques et Français exportent le conflit en mer Baltique et attaquent la forteresse inachevée de Bomarsund. La bataille s’étendra sur l’été 1854. Les forces russes se rendent rapidement et le lieu ne présentant que très peu d’intérêt pour les attaquants, elle sera détruite début septembre.
La guerre de Crimée s’achèvera avec la signature du Traité de Paris dans lequel la démilitarisation de l’archipel sera actée. Celle-ci persistera jusqu’à aujourd’hui (à l’exception d’une brève interruption pendant la Première Guerre Mondiale lors de laquelle Åland abritera une base sous-marine russe).

Projection en image de synthèse du fort principal de Bomarsund sur une photo du site actuel

À la découverte des ruines et des paysages extraordinaire de Bomarsund

Retour en août 2017. Nous découvrons alors avec un certain amusement qu’en plein XIXe siècle des soldats français ont été envoyés ici au beau milieu de nulle part pour faire diversion dans une guerre qui se déroulait à 2000 km plus au sud. En parcourant le très beau sentier de randonnée découverte de Bomarsund, nous prenons conscience de l’immensité du projet russe pour l’époque. Il ne reste plus aujourd’hui que quelques murs de taille impressionnante, des stèles commémoratives russes et britanniques (pas de trace du passage de la flotte française), placées à bonne distance l’une de l’autre et une tour de défense en ruine sur un promontoire rocheux. C’est depuis cette dernière que nous profitons du plus beau panorama de ce voyage. La beauté du lieu relaie presque l’épisode historique qui s’est déroulé ici au rang d’anecdote.

Panorama depuis l’éperon rocheux de Bomarsund

 

Là je fais semblant de voir des dizaines de navires britanniques et français envahir l’horizon

Nous profitons encore quelques instants du paysage avant de suivre le sentier. Celui-ci sillonne au milieu des rochers et des pins. Nous sommes enivrés par les odeurs et le silence uniquement perturbé par le bruit du vent. Puis, on entend le son du clapot de la mer contre un ponton en bois qui apparaît. Nous comprenons que nous venons d’atteindre l’autre extrémité de notre camping qui nous réserve encore des surprises. Le ponton permet aux bateaux de s’amarrer pour une nuit ou plus et de profiter des équipements du camping. Nous remontons le chemin menant à notre tente.

 

L’île aux morts

Après le pique-nique, nous reprenons nos vélos en direction de l’Est. Nous traversons le pont de Bomarsund pour atteindre l’île de Prästö (prononcé Prèsteu). Cette petite île traversée par la route postale est surnommée « l’Île aux Morts » car c’est ici qu’étaient enterrés ceux qui mouraient à Bomarsund. Prästö compte donc plusieurs cimetières grec-orthodoxe, luthérien, catholique, juif ou encore musulman (du fait de la présence de prisonniers de guerre ottomans sur le chantier de Bomarsund). On peut les visiter aujourd’hui au fil d’un sentier de randonnée qui s’enfonce dans la forêt qui a repris ses droits après la démilitarisation de la zone. Nous nous laissons envelopper par cette atmosphère très particulière, intimidante sans être lugubre. On pense à toutes ses personnes de confessions religieuses différentes enterrées côte à côte, loin de leurs terres natales, sur cette petite île. C’est une expérience très particulière d’évoluer dans ces bois, entre majesté de la nature qui nous entoure, gravité de l’ancienne fonction de l’île et légèreté du troupeau de moutons qui garde maintenant les lieux.

 

 

Le cimetière juif

Monument orthodoxe

La route postale

Notre périple se poursuit sur la route postale. Cet itinéraire qui traverse l’archipel d’Ouest en Est était un maillon essentiel des communications entre Stockholm et Saint-Petersbourg du XVIIe siècle jusqu’en 1910. Le transport des passagers et du courrier entre la Suède et l’archipel était confié aux paysans de l’île. Ils se chargeaient également de fournir les chevaux, l’hébergement et la nourriture aux voyageurs tout au long des 65 kilomètres de cette route. Nous suivons donc cet itinéraire qui traverse Prästö mais un bras de mer nous stoppe dans notre course. Nous devons emprunter un bac pour rejoindre Töftö. La traversée dure quelques minutes et nous reprenons notre route. Le ciel est gris, le paysage est constitué essentiellement de pins bordant la route. Le vent nous épargne. Nos jambes se sont décrassées avec la randonnée du matin. Sans le chargement de la remorque, nous avons tôt fait d’engloutir cette nouvelle île sans véritable intérêt pour les touristes que nous sommes et nous rejoignons le pont qui nous mène à Vårdö. Nous traversons un nouveau bras de mer. Le pont débouche sur une mince presqu’île assaillie de part et d’autre par la mer.

Vårdö est un peu plus hospitalière que les deux îles précédentes. On retrouve des petits hameaux, des vergers, des fermes et même une supérette. La sensation d’isolement est moins grande. C’est la première épicerie croisée depuis Godby, à 25km de là.
Nous passons à proximité du musée de l’école. Nous ne le visiterons pas, il n’ouvre qu’entre le 24 juin et le 2 août. On comprend vite pourquoi. A part quelques voitures qui passent en convoi (du fait des passages de bac à Prästö et Töftö, il n’y a pas un chat. Nous nous arrêtons devant l’église Saint-Matthias. Nous sommes frappés par sa flèche totalement disproportionnée qui lui donne un air un peu bonhomme (je vais peut-être faire hurler les amateurs d’architecture et d’histoire de l’art en employant ce mot).
Elle est malheureusement fermée aussi pour les mêmes raisons que l’église de Jomala.

Savoir rebrousser chemin

Le temps devient un peu menaçant. Ayant retenu la leçon, nous ne poussons pas jusqu’à Sandösund, encore à 4 km de là. Nous sommes confortés dans la sage décision de ne pas aller jusqu’à ce camping la veille et de prolonger notre séjour au Puttes Camping. Nous prenons un en-cas et rebroussons chemin. Le retour est plus rapide. Nous profitons du paysage dans l’autre sens. Nous découvrons des détails que nous n’avions pas vus à l’aller. Le vent se lève. Il n’y aura encore pas de baignade ce soir.

L’église de Vårdö

Au dîner, nous échangerons quelques mots avec un couple de français cyclo-voyageurs. Ils ont l’air bien plus rompus à l’exercice que nous. Ils ont atterri à Stockholm avec leurs propres vélos avant de dévorer les 94km séparant l’aéroport d’Arlanda du terminal ferry de Grisslehamn. Ils sont là pour une dizaine de jours et comptent faire le tour de l’archipel. Nous écoutons leur projet avec un mélange de respect et d’envie. Nous sommes à la moitié de notre séjour sur l’île et demain nous commencerons à rebrousser chemin.


L’itinéraire

Bomarsund – Vårdö – Bomarsund : 22 km


En pratique

Que visiter à Bomarsund?

Je ne peux que trop vous conseiller le sentier historique de Bomarsund. La boucle de 4,2km vous mènera au milieu des ruines de Bomarsund. Des panneaux d’information vous permettront de mieux comprendre la vie dans et autour de la forteresse. Le dénivelé est modéré et la randonnée sillonne parmi une flore très variée et offre de magnifiques points de vue sur l’archipel. – Sentier historique de Bomarsund

Un autre sentier de 5,5km existe sur Prästö. Il permet de visiter les cimetières et de s’imprégner de l’atmosphère si particulière de l’île aux morts. – Sentier de Prästö

Que manger à Bomarsund

À l’entrée du Puttes camping se trouve un café-restaurant que nous n’avons pas testé. Comme toujours à Åland, la prudence s’impose, vérifiez qu’il est ouvert si vous comptez dessus pour vous restaurer. – Furulundsgården

Sinon, la meilleure solution reste le pique-nique où le repas cuisiné au camping si vous y résidez.

Où dormir à Bomarsund

Puttes Camping est situé au coeur du site historique de la forteresse de Bomarsund. C’est un lieu très calme. Il est équipé d’une cuisine ouverte aux voyageurs, d’une salle à manger avec wifi, de douches et un sauna. Il y a également des petits bungalows à louer. Il est ouvert aux camping-cars et aux bateaux. Un café-restaurant est ouvert à l’entrée du camping, le long de la route postale.

En 2017, il a ouvert du 15 mai au 12 septembre. Tarif: 4€ par personne + 2€ pour une tente – Puttes camping

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