Vélo Voyage

Les îles Åland à vélo – Jours 5 et 6 : le déluge

Une timide lueur perce à travers les rideaux de la fenêtre sans volets. J’ouvre un œil. La météo annoncée le jour précédent se confirme : le ciel est gris, menaçant. Nous nous réveillons tranquillement et rassemblons un peu nos affaires. Nous nous installons dans la cafeteria de l’auberge de jeunesse où le buffet du petit-déjeuner nous attend. Il est assez classique mais très bon. Nous avons de quoi bien nous remplir la ventre avant d’attaquer notre dernière journée complète à vélo à Åland.

Godby – Mariehamn, contre-la-montre par équipe

Nous terminons notre petit déjeuner assez rapidement et rejoignons nos vélos. Alors que nous les chargeons, deux cyclistes suédoises sortent de l’auberge. Nous entamons la discussion. Surtout Alice, mon moral étant un peu en accord avec la météo. Elles nous confirment que nous nous sommes frottés à la partie la plus « accidentée » du relief de l’archipel et que nos vélos sont loin d’être adaptés pour cela. Dont acte. Nous les remercions pour leurs encouragements et leur souhaitons bonne route. Nous prenons la route de Mariehamn.

Le moral c’est comme une chambre à air, une rustine, un coup de pompe et c’est reparti

Ce sera un contre-la-montre pour éviter la pluie. Les nuages s’épaississent au-dessus de nos têtes. Alice prend la tête du convoi. J’ai du mal à avancer. Le début de la route est en faux plat montant, je manque d’énergie. J’ai un peu le moral dans les chaussettes. Alice voit que je ne suis pas et s’arrête sur le bord de la route.

Depuis le début du voyage, on se filme en face caméra pour garder un souvenir pour nos familles, comme une sorte de vlog. Mon amoureuse dégaine son portable et je raconte. Ça me permet de verbaliser tout ce que j’ai sur le cœur : la météo menaçante, le vélo trop lourd, les jambes qui ne suivent pas, la déprime de fin de voyage. Et puis je relativise : on visitera un joli musée cet après-midi, on dormira au chaud ce soir. Un rayon de soleil perce à travers les nuages, comme un petit coup de pouce de la nature pour me remettre en selle.

Alors, on s’y remet, on prend une route différente de l’aller, un peu plus longue mais plus tranquille. Les points de vue sur la campagne et les bois de Fasta Åland sont réconfortants. Le rythme du vélo nous permet de profiter du paysage et du calme des lieux.

Nous repassons devant l’église de Jomala. Le paysage s’urbanise petit à petit et bientôt nous franchissons le panneau Mariehamn.

Retour à Mariehamn

Ma mauvaise humeur (aussi appelé chouinchouinitude) a disparu. Nous nous sentons fiers d’avoir parcouru tout ce chemin et d’être de retour à Mariehamn !

Åland, terre d’inclusion

Nous longeons la côte Est de la ville avant de nous arrêter pour pique-niquer dans un petit square face au Ålands lagtinget, le bâtiment qui abrite le Parlement et le Gouvernement de l’archipel autonome. Devant l’entrée, deux drapeaux flottent fièrement en haut de leur mat : le drapeau rouge, bleu et jaune d’Åland et le drapeau arc-en-ciel du mouvement LGBT. Mais oui, c’est la semaine d’Åland pride. De nombreuses conférences, des ateliers, des animations, des concerts, une messe (!) sont organisés et un grand défilé est d’ailleurs prévu le lendemain. Nous constaterons plus tard que les drapeaux arc-en-ciel sont partout dans la ville.

On sent que c’est un événement phare de la vie des îles qui s’adresse à toute la population. Cela nous réchauffe le cœur de voir l’engouement des Ålandais et le soutien de leur gouvernement pour ce festival.

Le drapeau de l’île et de la drapeau arc-en-ciel devant le Parlement

Que d’eau !

Les rafales se font de plus en plus fortes. Autour de nous, les gens plient bagages. La pluie arrive. Nous les imitons et mettons le cap sur Gröna Uddens, le camping de Mariehamn. Le temps de retirer les clés de notre bungalow à l’accueil et le déluge s’abat sur nous.
Nous vidons en toute hâte la carriole. Je l’entrepose à l’envers contre le mur extérieur afin qu’elle ne se remplisse pas d’eau. Nous hissons les vélos sous le porche à l’avant de notre chalet. Une vraie bénédiction : nos montures resteront au sec.
La cabane que nous avons réservée n’est pas très grande mais elle nous comble. On allume tout de suite le petit radiateur pour nous réchauffer. D’autres campeurs à vélo sont moins chanceux. Ils se sont abrités sous le préau du bâtiment de la cuisine commune. Ils y resteront une bonne partie de la journée.

Nous profitons du frigo pour entreposer le reste de nos victuailles et vidons nos sacs. Nous nous emmitouflons dans nos sacs de couchage pour lire, nous réchauffer et nous reposer un peu.
Pas d’amélioration côté météo. Tant pis, nous décidons d’aller visiter le musée maritime d’Åland. Il est recommandé dans tous les guides et nous sommes curieux. Nous enfilons nos ponchos et partons affronter la pluie.

Toujours vérifier deux fois avant de partir, même quand on a Google Maps

J’avais remarqué sur Google Maps que le musée maritime était situé sur la côte Est de Mariehamn. Nous reprenons donc la piste cyclable que nous avions emprunté le matin. Arrivés là-bas, nous sommes blais comme on dit en Savoie, trempés comme des soupes. Hélas, le sort s’acharne. Nous ne trouvons pas le musée. Il y a bien quelques petits hangars à bateau reconvertis en espaces d’exposition et boutiques d’artisan mais pas de musée maritime. Je parviens à trouver du wifi et recherche l’adresse exacte. Horreur ! C’est à l’autre bout de la ville sur un promontoire surplombant le port Ouest de Mariehamn.

Nous ré-enfourchons les vélos vaillamment et traversons Mariehamn de part en part. Nous finissons enfin par trouver le musée. L’entrée est très accueillante, il y fait chaud. Nous sommes accueillis en anglais. Nous prenons deux billets avant de nous diriger vers les casiers où nous nous délestons de toutes nos affaires trempées. On peut même suspendre nos ponchos.

Un petit archipel mais un si grand musée

La visite est passionnante. Le musée retrace l’histoire de la navigation dans l’archipel. Dit comme ça, ça peut paraître ennuyant mais c’est tout le contraire. Le musée a reçu plusieurs récompenses, notamment pour sa muséographie très travaillée et ses projets à destination des enfants, dont son musée des enfants. Et c’est mérité : les histoires et les pièces présentées sont bien mises en valeur. On est immergé grâce à de très belles reconstitutions des lieux de vie des navires de l’époque (salons du capitaine, cabine-couchettes des équipages).

Le musée a son cabinet de curiosités constitués d’objets rapportés par les marins de l’île lors de leurs voyages au long-cours. On peut également grimper sur la reconstitution du mat d’un bateau. Oui, vous avez bien lu. On peut littéralement escalader une pièce de musée. En bon petit Français, formaté depuis mon plus jeune âge par la peur de toucher par accident quoique ce soit dans les musées, il a fallu que je sorte de ma zone de confort (comprendre ici vérifier trois fois qu’il n’y avait pas de panneau d’interdiction).

Les Gau… les gaugau… les gaulois !!!!!

 

Autant vous dire que je me suis bien amusé !

Ici tout est fait pour que le visiteur, quelque soit son âge, s’amuse, s’émerveille et surtout apprenne. Nous avons pu nous passionner pour l’histoire des fermiers-armateurs d’Åland qui possédaient leurs propres navires pour le commerce du bois et des produits agricoles vers la Finlande, la Suède, l’Allemagne et de plus en plus loin vers l’Irlande et la Grande-Bretagne notamment à mesure que les bateaux grossissaient. C’est ainsi qu’au début du XXe siècle, la marine marchande ålandaise rivalisait avec les plus grands nations maritimes dans la course vers l’Australie

Gustaf Erikson, de jeune mousse en mer du Nord à la course à magnat de l’import de blé australien

Fils d’un capitaine ålandais de la marine marchande, Gustaf Erikson embarque comme mousse sur un trois-mats à l’âge de 10 ans. Il continuera à sillonner les mers du nord de l’Europe ainsi jusqu’à devenir lui-même capitaine en 1906 à l’âge de 34 ans. Il pose définitivement pied à terre à Mariehamn en 1913 pour devenir armateur. Il achète plusieurs grands voiliers en fer.

Au sortir de la 1ère guerre mondiale, alors que la navigation à voile semble appartenir au passé face aux bateaux à vapeur, Gustaf Erikson prend le contre-pied de la tendance et investit massivement dans des voiliers afin de se positionner sur le transport de blé venu d’Australie. Ce marché particulier s’accompagne chaque année d’une traditionnelle course vers l’Europe, le premier arrivé étant sûr d’obtenir le meilleur prix pour la cargaison transportée. Les navires d’Erikson remportent la course chaque année entre 1926 et 1939. L’un d’eux, le Parma pulvérise le record de vitesse avec 83 jours. À l’époque, tout voyage depuis l’Australie qui durait moins de 100 jours était considéré comme rapide.

Gustaf Erikson perd la plupart de ses navires pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Il meurt en 1947 à l’âge de 75 ans. Son fils lui succéde à la tête de l’entreprise mais ne parvient jamais à tirer profit des navires de son père et finit par les céder. Il ne reste aujourd’hui plus que deux navires témoins de cette prestigieuse épopée: le Viking, reconverti en hôtel dans le port de Göteborg en Suède et le Pommern, transformé en bateau-musée dans le port de Mariehamn. Actuellement (en 2018) en restauration, des visites guidées sont organisées par le musée maritime avant une réouverture complète au public prévue pour Mai 2019. Nous resterons au musée jusqu’à la fermeture.

Le retour du soleil

À notre sortie, la pluie a cessé. Nous en profitons pour faire un détour par le centre de Mariehamn pour acheter de quoi nous rassasier pour le goûter et pour le dîner. Nous jetons notre dévolu sur un pain de Kökar, sorte de pain d’épice fabriquée sur l’île la plus isolée de l’archipel à 2h30 de ferry de l’île principale.

Nous rentrons déguster ce délice en l’agrémentant de confiture et de beurre salé en écrivant quelques cartes postales. Un rayon de soleil fait son apparition. Nous filons prendre nos douches à quelques dizaines de mètres de notre chalet. Je fais un détour pour aller marcher au bord de l’eau (le camping se prolonge en plage). Je ne m’y baignerai pas mais je me risque à plonger mes jambes. La température est agréable, certainement à cause du faible différentiel air – eau. Un peu plus loin sur la gauche, un sauna qui peut être réservé à l’accueil du camping.

Le soleil se cache à nouveau derrière les nuages, nous décidons de nous mettre au lit tôt, bien fatigués par cette longue journée mais heureux d’avoir pu visiter un si beau musée et de pouvoir dormir au sec.

Jour 6 : Hej då Åland !

Le bruit de la pluie me réveille. Le déluge a repris. La météo ajoutée à la perspective de fin du voyage, le moral n’est pas à la fête. Nous prenons notre petit déjeuner et rangeons nos affaires. Avant de charger la carriole, nous passons un coup de balai et nettoyons le coin cuisine. Nous rendons les clés à la réception, il n’y a pas d’état des lieux à faire. Le monsieur nous demande simplement si tout s’est bien passé.

Le bateau n’est qu’à 14h25, nous avons de la marge. Nous faisons un détour par le centre de Mariehamn pour acheter notre repas de midi. La météo ne s’améliorant pas, nous décidons de ne pas nous attarder en ville. Nous rejoignons le port. Le loueur de vélos est fermé mais ce n’est pas un problème, nous avons juste à verrouiller les cadenas de nos vélos et à glisser les clés dans la boite aux lettres.  Décidément, ici la confiance règne. Nous rendons nos vélos au terme d’une journée d’1,6 km. Au total, nous aurons parcouru 106 km sur ces îles pleines de surprises et de beautés.

Un dernier au revoir

Nous resterons abriter avec d’autres voyageurs dans la gare maritime jusqu’à l’arrivée du ferry pour Stockholm.

Au moment d’embarquer, la pluie cesse et le soleil revient. Nous en profitons pour nous installer sur le pont supérieur à l’extérieur pour en prendre plein la vue. Nous savons qu’au même moment le défilé d’Åland pride bat son plein sous le soleil, la fête est sauvée ! Avec un petit pincement au cœur, nous jetons un dernier regard vers l’archipel où nous avons vécu cette belle aventure. Nous avons aussi une petite appréhension à l’idée de retrouver la civilisation et le tumulte de la capitale suédoise (appréhension qui se révèlera totalement justifiée).

Nous passons la plupart du trajet de retour à admirer le paysage que nous avons raté pendant la nuit du trajet aller. C’est à couper le souffle et cela nous inspire d’autres envies de voyages, dans l’archipel de Stockholm cette fois. Pourquoi pas?


L’itinéraire

Godby – Mariehamn : 23,5 km

 


En pratique

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Que visiter à Mariehamn ?

Un must ! Le musée maritime de Mariehamn est un incontournable de l’île. Il y en a pour tous les goûts, tous les âges. Tout est prévu pour que chaque visiteur y trouve son compte, dès le plus jeune âge. Les reconstitutions sont magnifiques, le parcours très ludique, les explications passionnantes. Je l’ai déjà écrit plus haut mais il n’a vraiment pas volé ses récompenses. – Ålands Sjöfartsmuseum

Où faire ses courses à Mariehamn ?

Un petit supermarché est situé en plein centre de Mariehamn, en face du bureau de poste. Les horaires d’ouverture sont larges (7h-22h du lundi au samedi et 10h – 22h le dimanche). On y trouve tout le nécessaire niveau alimentaire. Il y a également un bar à salades Pica-Deli comme on en trouve partout en Suède (et apparemment de plus en plus fréquemment en France). – S-Market Varubodden City

Dans la même rue, vous trouverez la plupart des boutiques de Mariehamn pour le shopping, il s’agit de Torggatan. Il y a un petit centre commercial. Un petit marché a lieu aussi mais je n’ai pas retrouvé les jours et horaires – Torrgatan

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Où dormir à Mariehamn ?

Le camping de Mariehamn est situé au sud de la ville au bord du fjord est. Il est bien équipé offre une très belle vue. Il y a un bar, un minigolf, une cuisine à la disposition des campeurs. Les sanitaires sont propres.Le personnel est accueillant.

Les tarifs sont assez élevés. 10€ par tente + 10€ par campeur. C’est le prix à payer pour dormir au bord de la mer, à deux pas du centre de Mariehamn. Vous pouvez également louer un petit chalet avec lits superposés et kitchenette. Pour deux personnes, il vous en coûtera entre 75€ et 105€ selon la période de l’année. Ils sont aussi réservables via Booking.com.  La grille complète des tarifs est disponible sur le site du camping. – Gröna Udden Camping

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