Image d'illustration : vélo sous un porche en ville
Vélo

Un Plan Vélo qui manque d’ambition

Ca y est ! Il est là ! Le Plan Vélo, maintes fois repoussé mais toujours aussi attendu par les usagers de la bicyclettes et les associations qui les représentent, a été annoncé aujourd’hui, vendredi 14 septembre, à Angers. Les ministres des Transports et de la Transition Ecologique et Solidaire ont le déplacement dans la ville du Roi René, accompagné du Premier Ministre, Edouard Philippe. Après avoir visité le local de l’association Place au Vélo et le service Vélocité (dont je vous avais parlé il y a bientôt un an dans l’article sur les Pony Bikes), ce dernier a détaillé les mesures qui, je l’avoue, me laissent sur ma faim. En effet, nous avons eu droit à des effets d’annonce et quelques punchlines, comme celle de François de Rugy qui veut « passer du vélo sport au vélo transport » comme le rapporte Weelz.fr. Mais derrière cette communication bien huilée se cache des mesures peu ou pas financées ou qui revêtent un caractère non obligatoire.

Objectif 9%

Le Premier Ministre l’a reconnu : la France est en retard en matière d’usage de la bicyclette au quotidien. Seuls 3% des Français utilisent leur bicyclette pour leurs déplacements quotidiens contre 10% en Allemagne et 36% au Pays-Bas. Le Plan Vélo doit permettre à la France de combler un peu son retard avec un objectif de 9% de part modale en 2024.

350 millions d’euros pour les infrastructures… sur 7 ans. C’est trop peu.

En terme de financement, c’est la déception.

Le Premier Ministre a annoncé la création d’un Fonds National Mobilités Actives doté d’un budget de 50 millions d’euros par an sur 7 ans pour inciter les collectivités locales à créer des axes cyclables. Le Premier Ministre souhaite s’attaquer aux discontinuités des itinéraires cyclables. Ainsi, les élus locaux pourront demander le soutien de ce Fonds National Mobilités Actives pour la création de nouvelles infrastructures permettant d’éviter les franchissements dangereux. L’objectif est de développer des réseaux cyclables qui ne soient plus interrompus par des autoroutes, rocades et voies ferrées.

Une bien maigre enveloppe au regard des 200 millions d’euros que préconisait la Fédération des Usagers de la Bicyclette. Le réseau Action Climat (qui regroupe la FUB, France Nature Environnement, le WWF, Greenpeace et d’autres associations) demandent d’ores et déjà dans un communiqué que ce financement soit rehaussé dans le projet de loi de finances 2019. Pour illustrer son propos, le collectif explique que les gouvernements danois et hollandais investissent chaque année 4€ par habitant. Ce nouveau plan vélo en France représente 0,70€ par habitant soit 5 fois moins.

Difficile alors de penser que la France comblera son retard avec un tel budget.

Améliorer la sécurité des cyclistes

Bonne surprise : pas de « victim-blaming » à l’horizon lorsqu’Edouard Philippe parle d’améliorer la sécurité mais bien des mesures portant sur les infrastructures. Le double sens cyclable sera généralisé aux voies à 50 km/h sauf en cas de danger avéré. Une mesure qui risque de donner bien du travail aux associations d’usagers du vélo dans certaines communes puisque les maires seront juges de la dangerosité des dispositifs. Ce sont eux qu’il faudra donc convaincre pour que ce joker « danger avéré » ne soit pas sorti trop souvent.

Autre mesure qui va dans le bon sens : les sas vélos seront rendus obligatoires pour tous les nouveaux aménagements dès 2019. À moyen terme, le Premier Ministre souhaite que l’ensemble de la voirie soit adaptée, sans annoncer d’échéance.

Cependant, ce dispositif risque bien de faire chou blanc, s’il n’est pas accompagné de campagnes d’information, voire de « prévention » sur le terrain par les forces de l’ordre. En effet, les sas vélos sont encore méconnus et peu respectés dans la plupart des villes de France. Il est difficile pour les cyclistes d’y prendre leur place tant ils sont occupés par les véhicules motorisés à deux, trois ou quatre roues.

Développer la culture du vélo dès l’école

Selon le Huffington Post, le gouvernement compte mettre en place le « Savoir Rouler« . Inspiré du « Savoir Nager » (une attestation certifiant que les enfants savent nager à la fin de l’école primaire), ce programme doit permettre à tous les enfants de savoir utiliser un vélo avant leur entrée au collège.

Encore une fois, on peut se demander ce que ce « Savoir Rouler » apportera de plus que les programmes déjà existants en matière de sécurité routière enseignés dès la maternelle dans nos écoles.

Pour l’heure, de nombreuses écoles mettent déjà en oeuvre l’éducation à la route avec le vélo comme objet et support d’apprentissage. Lorsqu’elles ne le font pas, c’est généralement par manque de formation ou de financement.

Pour être un succès, ce « Savoir Rouler » devra être assorti de moyens humains et financiers pour former les enseignants et leur permettre de s’adjoindre les services des animateurs des associations compétentes en la matière.

Prévenir le vol de vélo

C’était un des enseignements du Baromètre des Villes Cyclables de la FUB. Le vol des vélos est un des freins à la pratique du vélo. Pour lutter contre ce phénomène, le gouvernement veut généraliser le marquage individuel des vélos. S’il n’est pas directement nommé, ce dispositif fait évidemment penser à Bicycode, le système de la FUB utilisé par les services de gendarmerie et de police. Espérons que l’Etat s’appuiera sur le dispositif existant afin de ne pas créer un doublon qui pénaliserait les détenteurs de vélo déjà équipées.

Par ailleurs, le gouvernement souhaite « développer des lieux de stationnement sécurisé près des lieux de déplacement du quotidien. » Edouard Philippe a annoncé que « dans les bâtiments existants, habitations, entreprises, centres commerciaux, des parkings à vélo devront être construits lors des travaux. » Le Premier Ministre a cependant entretenu le flou en expliquant vouloir « favoriser, imposer dans certains cas la construction de ces parkings ». Il n’explique donc pas comment l’Etat incitera les promoteurs privés à ces travaux et laisse entendre que ce ne sera pas obligatoire.

Par ailleurs le gouvernement demandera à la SNCF « un planning clair » sur la construction de lieux de stationnement sécurisé près des gares.

Bye bye l’IKV, bonjour l’indemnité forfaitaire

L’IKV ne sera pas généralisé. Jugé trop complexe, le dispositif sera remplacé par une indemnité forfaitaire pouvant aller jusqu’à 400 euros par an (contre 200 actuellement pour l’IKV).

Dans la fonction publique d’Etat, elle sera proposée à tous les agents à partir de 2020… pour un montant maximum de 200 euros. En revanche, elle restera facultative pour les salariés du privé.

Cette mesure risque de ne pas faire l’unanimité. La FUB réclamait en effet la généralisation de l’IKV avec un caractère obligatoire.

Bon point en revanche, Edouard Philippe a annoncé l’intégration du vélo dans le barème kilométrique fiscal. Il n’est pas entré dans les détails mais on suppose que les déplacements à vélo pourront faire l’objet d’un remboursement pour les contribuables qui demandent la déduction des frais réels.

Pas d’aide à l’achat pour les VAE

Là aussi c’était une demande de la FUB. Pourtant, il faut faire notre deuil, l’Etat se désengage des aides à l’achat de VAE. Le bonus ne reviendra pas, le gouvernement préférant laisser le financement de cette mesure à la discrétion des collectivités locales.

Quel calendrier pour ces mesures ?

Difficile de répondre à cette question. Une partie des mesures seront intégrées à la Loi d’Orientation des Mobilités qui doit être votée à l’automne. Les mesures fiscales elles seront étudiées et adoptées dans le cadre de l’examen du Projet de Loi de Finances. Le Premier Ministre a annoncé ce matin dans une interview au Courrier de l’Ouest souhaite que les premières mesures entrent en vigueur dès 2019.

Un Plan Vélo « sincère, structuré et financé » qui manque grandement d’ambition

Lors des Assises de la Mobilité, la Ministre des Transports avait affirmé son intention d’un plan vélo « sincère, structuré et financé ». Celui qui a été annoncé aujourd’hui me semble manquer grandement d’ambition.

Sincère, il l’est certainement, puisqu’il marque le début de la reconnaissance par l’Etat du vélo comme moyen de transport et plus simplement d’un sport ou d’un outil de loisir.

Structuré, il l’est mais en demi-teinte. Les mesures présentées revêtent encore trop souvent un caractère facultatif. L’Etat va mobiliser ses structures existantes dont l’ADEME pour accompagner les collectivités locales volontaires mais pour ce qui est des autres, ce plan vélo ne semble que trop peu incitatif. Les associations cyclistes sont parfois confrontés à des élus qui traînent des pieds lorsqu’il s’agit de respecter la loi Laure. On voit mal ce que le plan Vélo changera à cette situation déjà difficile.

De plus, le vélo manque de véritables mesures qui inciteraient les Français à renoncer à leur voiture individuelle pour leurs déplacements courts.

Enfin, pour ce qui est du financement, le plan vélo est décevant. Le chercheur en économie et en urbanisme Frédéric Héran estime aujourd’hui que « le gouvernement joue petit bras ». Aucun financement n’a été annoncé pour les mesures relevant de l’éducation au vélo ou la construction des parkings sécurisés par exemple. Le seul chiffre avancé est celui des 50 millions d’euros par an pour la construction d’infrastructures cyclables. Il paraît bien maigre quand on le compare au budget des aménagements routiers, comme l’a justement relevé @SoupeauxOrties sur Twitter :

Face à l’urgence climatique, on attendait mieux d’un gouvernement « à l’avant-garde de cette course contre la montre » comme le vantait Benjamin Griveaux en réaction aux Marches pour le Climat. Pas sûr que les 115.000 personnes qui ont défilé à travers la France le 8 septembre dernier se sentiront écoutées devant ce Plan Vélo.

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